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"La crise" : une pirouette pour détricoter les acquis sociaux ?

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Lettre ouverte à Madame Demelenne, secrétaire générale de la FGTB.

Nous dénonçons cette "fausse crise mondiale".
Sous couvert de son nom, une exploitation nouvelle et absolument inacceptable a pris forme.
En organisant l'accaparement des richesses, cette « crise » produit la misère.

De fait, lorsque vous, Madame Demelenne, clamez que le modèle allemand est « à éviter », lorsque vous soutenez un modèle social belge ancré dans une protection sociale forte, nous sommes interpellés …

Madame,

Vos questionnements publics sur le "faux miracle allemand", et la diffusion qu'il a suscité a interpellé des militants du Mouvement LST (Luttes Solidarités Travail) et particulièrement la locale d'Andenne. Ce mardi soir, en réunion de militants qu'on appelle "Caves" (rassemblement de personnes ou familles parmi les plus pauvres, et d'autres qui sont solidaires pour lutter contre la misère et ce qui la produit), nous avons lu ensemble la documentation que nous avons pu rassembler dans la presse (par exemple L'Echo du 14/01/2013) ou sur votre site, sur votre analyse et votre argumentation.

Nous sommes particulièrement sensibles au fait que votre argumentation s'appuie sur la production de misère que les choix économiques proposés actuellement par les décideurs génèrent. C'est assez rare pour que nous le soulignions avec une particulière attention. Trop peu d'analyses évaluent l'intérêt de choix politiques ou économiques sur l'effet qu'ils produisent par rapport aux plus pauvres, et sur la libération qu'ils promeuvent ou pas par rapport aux personnes ou familles qui résistent au quotidien à la misère. Nous voulons vous remercier pour la proposition d'une pareille analyse. C'est avec bonheur que nous lisons dans vos propos que le "faux miracle allemand" génère 16% de personnes sous le seuil de pauvreté, et que notre modèle en produit 15%. C'est heureux, aussi, que vous souligniez les conditions salariales absolument inacceptables d'une part importante des travailleurs allemands, et les conditions d'exploitation générées. Nous lisons votre analyse avec, dans la tête, les dérégulations et l'exploitation outrancière des travailleuses et travailleurs, particulièrement des pauvres, dont nous dénoncions déjà explicitement le développement dans le Rapport Général sur la Pauvreté (FRB, Bruxelles, 1994).

Même si un recul et une fragilisation récurrente s'impose dans notre modèle, les principes fondamentaux du salaire minimum et de l'indexation sont encore relativement protégés. Bien sûr, le modèle belge pourrait produire bien moins de victimes, et sa fragilisation actuelle nous inquiète au plus haut point. Trop de discours et de pratiques nés dans des champs politiques gérés par les intérêts des plus riches, et trop souvent organisés sans résistance suffisante des représentants des syndicats ont généré des dérégulations graves, tant de la protection du travail ou des travailleurs que du financement de la sécurité sociale. L'actualité déborde d'exemples ces dernières années.

Nous ne pouvons que défendre la protection sociale que nous connaissons et qui, à la fois protège une partie importante de la population de la misère, et dynamise une productivité particulièrement élevée dans notre pays. Et nous soutenons, avec vous, que les plans d'austérité développés par les instances européennes ou internationales sont absolument contre-productifs et contribuent à l'augmentation des inégalités.

Nous en appelons, avec vous, à une révision de la fiscalité. Et nous ajouterions, à vos propositions, la trop grande part des taxations indirectes, via la TVA par exemple, sur des biens de première nécessité. Une manière de taxer injustement les plus petits revenus.

Et si nous regrettons habituellement que les analyses économiques se réfèrent essentiellement aux résultats financiers produits, nous voudrions ajouter à votre analyse combien le modèle allemand produit de richesses, et de riches, en particulier. Le discours développé par d'autres et qui disent, par exemple, que 50 000 nouveaux millionnaires sont produits en Allemagne en 2011, témoigne de l'inacceptable accaparement de richesse dont les travailleurs, avec ou sans emploi, bénéficiaires d'aides pour survivre, sont victimes. Il nous semble intéressant de dénoncer la "fausse crise mondiale" qui permet une exploitation nouvelle et absolument inacceptable dans l'accaparement des richesses qu'elle organise et les misères qu'elle produit.

En vous remerciant encore, Madame, nous voulons vous témoigner notre profonde solidarité dans cette prise de position et espérons pouvoir unir nos résistances d'une manière construite et "durable".

Pour LST Andenne asbl,
Marc Otjacques

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dernière mise à jour le 22 janvier 2013