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Vivre pauvre, c'est résister à la misère

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Récit d’un quidam qui n’y connaissait rien…

Récit d’une rencontre. Récit de la découverte de la pauvreté d’une famille. De sa réalité, bien au-delà des mots. Ceux qui ne l’ont pas vécue ont du mal à comprendre que quand l’équilibre est déjà précaire, un imprévu peut tout faire basculer.

Quand je l’ai vu, j’ai eu du mal à le reconnaître. Un sac de plastique à la main, il fouillait la poubelle devant un supermarché... Pas lui ! me suis-je dit. À l’époque où je l’avais connu, il travaillait comme maçon pour un entrepreneur. Je me rappelais son sourire…

Il a soutenu mon regard : « J’avais promis au gamin qu’il continuerait l’école, qu’on ne déménagerait plus. J’étais sûr qu’on était dans le bon cette fois. J’avais un boulot. On était dans une maison.»
J’ai demandé : Il est où maintenant, le petit ?
Il a regardé ailleurs. Loin. Ou alors tout au fond de lui. Il m’a fait la dernière réponse à laquelle m’attendre : « Placé dans un internat. Les deux petites en famille d’accueil. »
Je ne savais quoi dire. J'étais sonné.

Caricature ? Non, tranche de vie d’une famille…

Une histoire comme il y en a beaucoup d’autres. Chacune est unique parce que chaque famille est unique, et chaque parcours singulier. Mais avec ce point commun : des familles se démènent tous les jours pour faire reculer la misère. Les parents le savent bien, que pour la stabilité de leur famille, il leur faut être vigilants au logement, à l’alimentation, à s’assurer un revenu suffisant, aux bonnes relations avec l’école, les services sociaux, le voisinage, ….

Mais lorsque les difficultés se multiplient, s’enchevêtrent, se compliquent, chacun pare au plus pressé, privilégie ce qui est à ses yeux essentiel. Trop souvent résoudre un problème en crée un autre. Et la spirale s’emballe.

À ce moment-là, la famille a un besoin vital d’être reconnue dans ce qu’elle fait pour s’en sortir, d’être soutenue, non pas humiliée, aidée plutôt que dévalorisée.

Il y a l’aide, il y a la manière !

Les lois garantissent à chacun les droits fondamentaux qui permettent de vivre décemment. Mais aucun texte juridique ne peut assurer la manière, l’esprit dans lequel elles seront appliquées.

La façon dont les personnes sont informées, les entretiens menés, les dossiers tenus, les décisions expliquées, a souvent plus d’impact sur la réalité des gens que les garanties légales !

Quand les aidants eux-mêmes sont impuissants…

Les travailleurs sociaux qui souhaitent aider au mieux les personnes et respecter ce qu’elles mettent en place pour s’en sortir, se retrouvent parfois coincés par le cadre étroit et procédurier dans lequel ils doivent travailler. Ont-ils le temps, comme ils le voudraient, d’écouter jusqu’au bout ? De s’asseoir à une table avec des parents pour faire le tour des problèmes un à un ? D’entendre et de valoriser ce que la famille a déjà mis en place pour tenter de les résoudre ? De chercher, si nécessaire, de meilleures solutions, avec eux ?

La pauvreté se vit. Avant de se dire.

Il y a les mots qui sont des étiquettes pour ranger les gens dans des catégories et qui les y enferment. Il y a les mots de la bonne volonté, qui simplifient, ceux qui divisent au lieu de rassembler, ceux qui stigmatisent parce qu’ils ne savent pas de quoi ils causent. Ou ceux qui ne veulent plus rien dire à force d’avoir été malmenés…

C’est important de trouver les mots justes. Qui parlent. Qui questionnent. Qui tissent des liens. Qui réveillent.

Pauvreté, précarité, misère…

La confusion qu’on entretient entre ces termes est dangereuse.

Et il convient de savoir de quoi on parle par respect pour les personnes et les familles qui vivent dans la détresse, et luttent pour en sortir.

> Pauvreté, précarité, misère… De quoi parle-t-on ?

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dernière mise à jour le 15 avril 2016