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Aide à la jeunesse : soutenir le lien dans la séparation

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Maintien du lien familial : intervention d'ATD Quart-Monde, LST et du Pivot culturel, dans le cadre des concertations sur le maintien du lien, 27-28 février 2013, Service de Lutte Contre la Pauvreté, Bruxelles


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Face au placement des enfants, que vivent les familles ? Comment soutenir le lien familial quand il y a séparation?
Et vous professionnels, à quelle réalité êtes-vous confrontés ?

Ce mercredi 23 janvier a eu lieu la matinée de lancement du projet « maintien du lien enfants-parents en cas de placement des enfants ». Ce projet est une initiative de la ministre de l'Aide à la jeunesse, qui en a confié la coordination au Service de lutte contre la pauvreté.

Nous, à l'atelier famille, prenons part à cette réflexion. Nous vous tiendrons au courant de l'avancée de ce travail. D'ores et déjà, nous pouvons vous partager l'intervention que nous avons menée avec ATD lors de la matinée de lancement. Bonne lecture !

La famille : le dernier rempart contre la destruction produite par la misère

Dans nos associations Luttes Solidarité Travail et ATD Quart Monde, la famille, dans ses formes multiples, a toujours été une préoccupation centrale. Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde, et qui lui même avait connu la grande pauvreté, disait : « La famille est le dernier rempart contre la destruction produite par la misère ! ». C'est dans ce sens que la question du lien familial nous a toujours tenus beaucoup à cœur.

Une maman disait cette semaine : « Le lien est tellement important qu'il faut se battre pour arriver à ce qu'on ne nous le bousille pas ». Une autre dame disait encore « si je voyais une photo de ma famille, je ne reconnaîtrais pas ma maman » ; ou encore « A aucun moment, dans ma vie, à cause de la rupture forcée du placement,  je n’ai pu appeler ma maman ».

Que vivent les familles?

Photographie issue de l'exposition « Familles je vous ... »

Photographie issue de l'exposition
« Familles je vous ... »

Depuis de nombreuses années nos associations ont été un lieu collectif d’expression et de construction de constats et d’analyses enracinés dans  le vécu quotidien de ce combat. Nous voulons préserver à tout prix le lien essentiel avec les enfants et tous les membres de la famille lorsque le placement force la séparation.

Et plus précisément, depuis un peu plus d'un an, nous avons centré notre travail sur cette question. Nous voulions préparer les rencontres de dialogue que nous aurions avec vous, professionnels, confrontés aux réalités des familles en grande pauvreté. Nous ne voulons pas ici tirer des conclusions, mais vous dire que nous avons fait un travail sérieux dans l’attente de rencontres que nous voulons constructives.

Nous devons d’abord témoigner du courage de ces familles, et de toute la souffrance que cela produit. Tout ce que nous vivons comme une volonté de nous séparer nous abîme tellement. Déjà dans le rapport Général sur la Pauvreté, en 94, nous demandions que les placements, s’ils s’imposaient, soient les plus courts possibles, et toujours le plus près possible, « à une distance qui permette aux parents de venir partager le repas de midi avec leurs enfants ». Ce que nous demandions était dans l’ambition du Décret de 91.

« Je ne l’ai jamais vu faire ses premiers pas et je pourrai jamais rattraper cela »Et pourtant, aujourd’hui encore, nous devons constater que : « Quand je vais dans un service comme l’aide à la jeunesse, je ne suis plus vraiment la maman » « Je ne connais pas mon enfant, je ne sais même pas quand il a perdu sa première dent » « Je ne l’ai jamais vu faire ses premiers pas et je pourrai jamais rattraper cela » !

Photographie issue de l'exposition « Familles je vous ... »

Photographie issue de l'exposition
« Familles je vous ... »

Nos réunions sur la question du lien entre les parents et les enfants lorsqu'ils sont placés, sont difficiles. Une jeune maman de 19 ans disait : « On peu craquer à tout moment parce qu'on parle des enfants et c'est dur parce qu'on pense à son enfant !». Un papa ajoute : « Mais tous les combats sont durs de toute façon, et on est combatif si cela peu faire changer les choses! ». Les réunions, dans nos associations, c'est vraiment un endroit où l’on peut se comprendre sans qu'on ne se juge l'un et l'autre, parce qu'on vit tous la même chose. Continuer notre combat c'est très important pour nous et aussi pour tout le monde. « Je veux aller jusqu'au bout et ne pas baisser les bras »Avancer sur un but, sur du concret ; on a la lutte derrière nous, il ne faut pas s'arrêter. « Je veux aller jusqu'au bout et ne pas baisser les bras ». Une grand mère qui connaît ce que veut dire le placement depuis plusieurs générations dit : « On veut soutenir nos enfants et mener le combat avec eux ! ».

Il va sans dire que les familles espèrent que leur combat souvent mal compris, et même mis en doute ou nié, sera entendu dans ces nouvelles rencontres. Elles attendent de vrais changements! Dernièrement, lors d'une rencontre au SAJ avec un jeune couple qui se plaint des liens difficiles avec leur bébé placé dans la famille d'un des deux parents, la famille s'entend dire par la déléguée, qu'elle a fait la demande pour qu'ils soient soutenu par un service approprié, mais que les listes d'attente sont de deux ans. Dans le décret de l'aide à la jeunesse on parle de placement le plus court possible et que tout soit fait dans le but d'un retour. Qu'en est-il vraiment ? Que vivent les familles?  Et vous professionnels à quelle réalité êtes-vous confrontés ?

Le lien : d'une importance indiscutable

Photographie issue de l'exposition « Familles je vous ... »

Photographie issue de l'exposition
« Familles je vous ... »

Nous avons besoin de ces échanges sur nos réalités et sur nos points de vue forcément très différents. Mais nous pensons vraiment que, comme nous, vous savez l’importance du lien fondateur, indiscutable, des parents et des proches d’origine. Même si de rares exceptions confirment la règle.

Il reste incompréhensible, pour nous, de s'entendre dire qu'une visite de moins d'une heure une fois par mois pour un très jeune enfant est suffisante. Et cela, pour la simple raison qu'il ne faut pas déranger plus la famille d'accueil. Que lorsqu'on a des difficultés pour les déplacements, on se voit espacer le droit de visite au lieu d'être soutenu. Que lorsque les rencontres sont particulièrement difficiles, au lieu de travailler ce qui pose problème, on se contente de décisions qui imposent de les espacer. On en arrive même parfois à ce qu’elles soient complètement supprimées, alors que pour nous au contraire elles devraient être encouragées et soutenues.

Vers un dialogue constructif pour ensemble faire changer les choses

Les familles veulent partager avec vous leurs points de vue, leurs réflexions actuelles et mûrement réfléchies, durant des années de travail.

Au sein du Mouvement ATD Quart monde, nous avons utilisé la méthode du «  photo langage » et réalisé un cahier par rencontre sur cette question du lien. Des parents s'expriment et enrichissent leurs réflexions dans les échanges de la rencontre. Je vous lis juste un court extrait  d'une page d'un des 11 cahiers réalisés actuellement: 

«  Les enfants ils ont besoin de confiance, de communication et d'être aimés. Il faut qu'ils maintiennent la confiance entre les parents et les enfants parce que quand ils les prennent, les enfants n'ont plus confiance en leurs parents. Parce que leurs parents soi-disant les ont trahis. Puisqu’ils sont là, ils sont trahis. Donc ils devraient maintenir ce lien de confiance avec les enfants. Qu'ils puissent avoir confiance en leurs parents, qu'ils seront toujours présents, qu'ils seront toujours là malgré le placement. »

À LST nous travaillons cette question dans tous les lieux de rassemblements, tellement elle est permanente et importante. Et pourtant, depuis le RGP, nous avons choisi ensemble, de créer un atelier famille. On peut s’y consacrer entièrement, à partir de nos vécus, à une réflexion sur la manière dont on vit le droit à la famille, ce qu’on en pense, et ce qu’on souhaite pour l’avenir. On ne peut éviter l’action des services de l’aide à la jeunesse dans ces carrefours ; et la rupture occasionnée par le placement. C’est à partir de la connaissance et des analyses construites dans ces lieux que nous vous rencontrerons, comme nous avons entrepris le dialogue dans le groupe Agora.

C'est avec tout ce travail que nos deux associations viennent vers vous avec l'espoir d'un dialogue constructif pour ensemble faire changer les choses. Nous voulons remercier les autres associations qui permettent aux plus pauvres une parole libre et indépendante, et qui nous rejoignent pour cette recherche. Nous remercions, en particulier, les amis des associations partenaires du suivi du RGP, dont « Le Pivot » qui est ici représenté.

Merci d’accepter ce dialogue.

Pour aller plus loin...

Vous voulez prolonger la réflexion sur ce thème, voici quelques liens utiles :

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dernière mise à jour le 7 mars 2013