Ils ont entre douze et dix-huit ans. Ils sont pour la
plupart des fils et filles d'ouvriers sans travail. Ils se rassemblent
tous les quinze jours pour s'exprimer et réfléchir à
des moyens d'action pour faire reculer la pauvreté. Ces rencontres
sont aussi des moments essentiels pour que le groupe des jeunes construise
et mène à bien des projets.
« Nous sommes pour la plupart des fils et filles
d’ouvriers sans travail. Notre point commun, à tous,
est le refus de nous laisser écraser. En effet, nous connaissons
tous des difficultés liées à la pauvreté
(CPAS, chômage, la rue, les logements sociaux...).
La plupart de nos parents ont déjà connu ces
problèmes et nous savons que nous pouvons nous péter
la gueule.
Quand on a toujours dû porter une étiquette,
c’est dur de montrer qui on est vraiment. » 1997
Y’a aussi Benoît, Christophe, Florence, Cécile et
Pascale, qui préparent et animent les réunions.
Nous avons entre 12 et 18 ans environ. On fait partie du groupe des jeunes
de LST.
Pour nous LST, c’est d’abord se rassembler et s’exprimer,
mais pas pour n’importe quoi. Luttes, Solidarités et Travail,
ça veut dire quelque chose pour nous.
Luttes
Parce qu’il faut toujours se battre pour vivre,
« Le peu d’argent qu’on gagne, ça
peut aussi servir à arrondir les fins de mois pour nos parents.
»
Mais lutter, c’est aussi lutter contre les attaques verbales,
les moqueries... que ce soit à l’école, dans
le quartier...
On voit bien que nos parents doivent lutter tous les jours pour
nous nourrir, pour notre santé, pour pouvoir nous soigner.
Lutter parce que nous avons parfois peur d’être placés,
nous voulons rester en famille.
On se sent proches de nos parents, on veut les aider, mais on a
aussi envie de vivre comme tous les jeunes. »
Solidarités
« Ca veut dire qu’on s’aide les uns les
autres. Qu’on se soutient moralement, mais aussi en prêtant
l’un à l’autre. On le fait parce qu’on
sait ce que c’est, on vit les mêmes choses.
Se rencontrer, se parler, s’écouter, s’entraider,
se soutenir, c’est ça aussi le groupe des jeunes. »
Travail
« Travail, c’est un mot qui nous dit d’abord
: gagner sa vie, avoir plus d’argent, avoir un avenir plus
tard.
Mais, pour nous, même s’ils ne sont pas dans des boulots,
nos parents travaillent. Ils donnent des coups de mains, ils nous
élèvent... Nous aussi, quand nous réfléchissons
dans notre groupe, c’est un travail. »
Ce qui nous plaît dans le groupe des jeunes, c’est :
« un groupe de discussion, on peut se parler »
« on rencontre des personnes (par exemple Pie Tshibanda,
il raconte et on est pendu à ses lèvres »
« on parle des jeunes, du racisme, des métiers... »
« ici, on parle de thèmes qui nous regardent, alors
qu’à l’école, on essaie surtout d’épater
les autres ». « à LST, on n’a pas
besoin d’épater, car on se sent écouté»
« on peut s’amuser, voir des amis, on change d’air
et d’atmosphère »
Notre objectif
Notre objectif est de nous rassembler et de nous exprimer pour lutter
contre la pauvreté. C’est poser notre pierre pour un monde
plus juste, comme tout citoyen.
Se rassembler
Se rassembler, c’est important, pour se parler, s’écouter
et échanger nos avis, pour retrouver une identité
et se sentir citoyen dans notre société, comme tout
autre jeune. Nous croyons que tous les jeunes sans exception ont
leur place pour bâtir l’avenir.
Le rassemblement peut devenir une force.
S’exprimer
Ce rassemblement est un lieu de réflexion collective, un
lieu d’expression, d’échanges, de mise sur pied
de moyens d’actions faisant reculer la pauvreté. Quand
on se retrouve en réunion, on parle toujours à partir
de choses que l’on vit ou que l’on ressent. Si on n’a
pas envie de parler, on écoute, on n’est pas obligé.
On peut aussi avoir des avis très différents et les
dire. On en parle ensemble.
Se former
Nous voulons apprendre à dire des choses que l’on
vit, à des personnes qui vivent un peu la même situation
et qui nous comprennent mieux. On apprend à écouter
celui qui s’exprime sans le juger.
Nous apprenons également à faire une synthèse
de la parole de chacun pour lui donner une dimension collective.
Enfin, nous apprenons à parler au nom de ceux qui n’osent
pas encore.
Origine du groupe
le groupe des jeunes (avril
2004)
Tous les quinze jours, le mardi soir, une cinquantaine d’adultes
se réunissent à LST.
Nous appelons ces rencontres les « Caves
». Ces adultes se rassemblent pour s’exprimer sur ce
qu’ils vivent et proposent des moyens d’actions qui luttent
contre la pauvreté. (Le groupe a notamment participé, avec
d’autres associations, au Rapport Général
sur la Pauvreté demandé par le Gouvernement Belge.)
Des jeunes venaient de plus en plus régulièrement à
ces réunions. Il nous semblait important de leur laisser une place
spécifique.
De plus, le mouvement Jeunesse ATD organisait en mai 1993 un rassemblement
de 4000 jeunes venus de toute l’Europe. Cette rencontre a eu lieu
à Strasbourg, au Conseil de l’Europe.
Cette rencontre allait être utilisée comme un outil pour
commencer un rassemblement de jeunes autour de LST.
Nos moyens, nos activités
Cave jeune
Nous nous réunissons tous les 15 jours pour partager nos
idées et pour nous exprimer.
Nous commençons par échanger des petites nouvelles
de chacun, puis
soit nous discutons d’un thème (ex : « Vivre
à du 100 à l’heure quand on est jeune, la
richesse et la pauvreté en Belgique, l’amitié
et le racisme, mon intégration dans le quartier... »)
soit nous préparons un de nos projets (ex : faire des
photos pour notre expo)
Finalement, après une pause, un jeune de chaque sous-groupe
prend la parole pour expliquer ce qui est ressorti de son groupe.
Parfois, nous sortons également pour voir une pièce
de théâtre, pour voir un film, pour rencontrer quelqu’un.
Cette Cave est préparée par des adultes et les jeunes
plus âgés ayant envie de préparer. Les thèmes
sont choisis en fonction de ce qui a été dit lors
de la réunion précédente.
Activités du mercredi
Les mercredis et pendant les vacances, nous en profitons pour faire
avancer les projets dont nous avons discuté en réunion.
Week-end jeune
Nous organisons un week-end par an où nous, les jeunes, nous
mettons un « grand coup » pour faire avancer
un de nos projets. C’est aussi l’occasion de mieux se
connaître et d’apprendre à vivre en groupe. Nous
nous mettons d’accord avant le week-end sur le règlement
c’est-à-dire les limites que nous allons respecter. Pendant
ce week-end, nous participons à la préparation des repas,
des veillées, des jeux.
Les projets
Ce dont nous discutons entre nous, vous pouvez vous en rendre compte
en voyant nos réalisations. Et
des projets, nous en concrétisons tous les deux ans, environ.
Camp chantier
Nous participons également à un « camp
chantier » une fois par an, où nous travaillons
de nos mains avec d’autres personnes, quels que soient leur
âge, leur culture, leur race, leur vie. Nous travaillons ensemble.
Nous en profitons aussi pour faire des activités de détente
en groupe.
Comment nous arrivons à LST jeune
Nous invitons des amis, des cousins, des voisins... Pas de publicité,
seulement du bouche à oreille ! Nous ne sommes obligés
par personne de venir au groupe et nous pouvons venir régulièrement
ou non.
Voici quelques-unes de nos réalisations phares ci-dessous :
2008
Sortie du livreTague ta vie, tes jours, tes nuits, tague.
C’est un livre roman mais c’ est aussi la vie des jeunes du groupe. Pour construire ce livre, nous y avons mis des bouts de notre vie.
2007
Nouvelle représentation de la pièce de théâtreTic TAGS Boum, à Namur, à la demande de Vivre Ensemble.
Ces deux réalisations sont largement inspirée de notre livre « Tague ta vie, tes jours, tes nuits, tague », en relecture pour le moment. Sur la route d’une jeune fille, qui chante le jour pour se faire un peu d’argent et tague la nuit pour exprimer ses colères, ses peurs, ses chagrins.
2005
Le groupe des jeunes anime les expositions « Oser le rassemblement » (réalisée pour les 20 ans de LST) à Ciney et à Marche.
Rencontre avec des jeunes du centre ouvert de Jodoigne. C’est l’envie d’écrire un livre qui est à l’origine de ces rencontres.
2004
Les jeunes participent à l’animation de l’exposition de LST « Oser le rassemblement », à Namur et à Andenne.
2003
Échange avec des jeunes Marocains.
Ils viennent de Rabat et de Tétouan et ont passé
une semaine à Namur.
Exposition photo « Comme
un cadeau ». Elle reprend des photos des jeunes
Marocains et de notre groupe, le vernissage a eu lieu au Théâtre
de Namur le 2 septembre 2003. Du Maroc ou de Belgique, nous avons
réalisé ces photos en cherchant à montrer
notre famille, ce que nous aimons, là où nous vivons,
où nous nous sentons bien. « Comme un cadeau »
voyage. Après Namur, elle s’est rendue à Sainte-Ode
(dans les Ardennes belges), elle revient ensuite à Namur,
à Andenne et à Ciney.
Deux grands projets en un !
2002
Pièce de théâtre «
Du Balai ! », présentée le 27 juin au théâtre
de Namur.
Nous avons créé cette pièce de manière
collective en collaboration avec le théâtre de Namur.
Depuis, nous avons eu d’autres occasions de la jouer.
2001
« L'école,
c'est bien mais... », livre-témoignages
(les jeunes s'expriment sur l'école), livre-jeu (de rôle,
de coopération ou d'expression synthétisant le livre).
Une chanson accompagne le livre : « Nous
cherchons not' place... » (durée
: 5'05")
Paroles écrites et chantées
par LST Jeunes, composition instrumentale de Martin Egoavil.
1997
Trois vidéos sur le logement : « Je
rêvais d’un autre monde », « Bienvenue
chez moi » et « Enfin chez soi ».